1. Attaque de panique. Une rencontre inattendue.


24 Nov
24Nov

En ce jour, elle s'est emparée de moi, de mon corps, mon esprit. Mon quotidien, mon histoire ne seront peut-être plus jamais les mêmes, eux-mêmes. La vie est faite de rencontres inattendues, soudaines, subtiles, apparemment inexplicables, ces rencontres qui au coin d'une rue, c'était ici sur une avenue, en hiver, perché sur mon scooter, bouleversent l'ordre des choses, font s'écrouler les croyances, les habitudes, les repères. Elle est là désormais et restera longtemps à mes côtés, peut-être pour toujours. Au premier contact, cette sensation nouvelle mais si caractéristique, une sensation qui fait que mon coeur s'emballe, mon souffle se raccourcit, mes perceptions internes se mettent en éveil, le froid, le chaud s'alternent en moi,  des fourmillements, non dans le ventre mais dans les mains me parcourent, et puis cette impression, ce vertige qui attire mon attention, et qui, et qui.... me fait perdre le contrôle de moi, de mes émotions, de mon corps. Je ne parviens plus à déglutir, j'ai l'impression que ma tête est vide, que j'en perds la maîtrise, que mon cerveau ne fonctionne plus. J'ai peur, tellement peur, mon corps s'emballe un peu plus, il se contracte, comme paralysé, mon coeur tape dans ma poitrine, j'inspire, j'inspire, comme s'il ne m'était plus possible de souffler, je le recherche ce souffle et ne le trouve pas, çà ne fonctionne plus... Mon coeur, mon souffle, mon esprit, nous y sommes, c'est l'heure, je suis là sur cette route si habituelle , il fait nuit, le casque me serre le crane, mon environnement, les voitures, les lumières n'existent plus, il n'y a plus de bruit, je suis en moi, seul avec elle, seul... Nous y sommes, c'est certain, je vais.... oui, je ne vois d'autre issue, je vais m'en aller, là comme çà, sans raison, mon corps m'a lâché, c'est terminé. 

Et pourtant, et pourtant, sans même m'en apercevoir, j'ai roulé, avancé sur mon parcours, et alors que le bon sens voudrait que je m'arrête pour me mettre en sécurité physiquement, je n'ai qu'une seule idée en tête, fuir, fuir cet endroit, cette route et regagner mon immeuble, passer le hall, monter, ouvrir la porte, et me réfugier dans ma chambre, le seul endroit où je parviens à m'imaginer en sécurité. L'image est là, ma chambre, mon lit, mes posters, mon casque de musique, je m'accroche à cette image, et j'accélère, je me dépêche, l'immeuble est là devant moi, je me gare, enlève mon casque, passe le hall, arrive devant l'ascenseur, non pas question, je prends les escaliers et monte  à toute allure (pas mal pour un gars en train de mourir), j'ouvre la porte, file dans ma chambre et allume la télé comme si elle allait me rassurer. J'y suis, essoufflé, quelques fourmillements parcourent mes mains, mon coeur, mais j'ai l'impression que mon cerveau fonctionne à nouveau, qu'il me répond, que mon corps me répond. Je m'assois sur mon lit, désorienté mais je suis vivant, oui je suis là, chez moi, au chaud, je suis en sécurité, le bruit de la télé me rassure,  et je suis vivant. "C'était quoi ce truc bordel, c'était quoi? J'en fait quoi? A qui j'en parle? Beh non, on va me prendre pour un dingue, c'est ridicule, tu es jeune, sportif, c'est stupide ce truc, lâche l'affaire, çà va aller, tu t'es fait un film."

Ce soir, je prétexterai de la fatigue pour ne pas manger, ne pas parler. Je m' allongerai, et regarderai la télé sans regarder, le regard vide. Je m'endormirai sans m'en apercevoir, épuisé, vidé, comme si mon corps et mon esprit avaient été formatés, une remise à zéro en quelque sorte.... Je m'appelle Louis, j'ai 16 ans... et je me sens seul.


PS: Les personnages de ce texte, les lieux et les événements sont imaginaires. Pour le reste, presque tout est vrai.

Les symptômes d'une attaque panique et des troubles panique selon le DSM-5 (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) http://www.psychomedia.qc.ca/dsm-5/2016-02-08/criteres-diagnostiques-trouble-panique 


Sylvain Garcin Psychologue à GAP

4 cours Ladoucette

Les Cordeliers

05000 GAP

https://www.doctolib.fr/doctors/garcin+sylvain/gap